Mondial de l’Auto: l’industrie automobile européenne à la croisée des chemins

Cette année nous étions plusieurs élus CFE-CGC Michelin à visiter le Mondial de l’Auto et à participer à plusieurs colloques et conférences. Voici notre analyse qui pourrait vous donner un éclairage sur notre industrie mais aussi sur les résultats financiers de Michelin, publiés cette semaine.  (Attention ceci est une analyse 100% humaine et sans IA ! Donc potentiellement subjective…)

La visite du Mondial de l’Auto et les échanges avec les industriels qui composent la Plateforme Automobile Française (PFA) ont laissé à vos élus CFE-CGC une impression contrastée : d’un côté, une filière en pleine mutation technologique ; de l’autre une industrie européenne qui doute de sa capacité à rester dans la course face à la montée en puissance des constructeurs chinois.

Pour les salariés Michelin comme pour l’ensemble de la filière automobile française, les enjeux sont considérables. Derrière les discours sur l’électrification, l’innovation ou l’intelligence artificielle, c’est avant tout la question de l’emploi industriel européen qui est posée.

Trois faits qui nous ont marqué :

Plus de vingt marques chinoises étaient présentes au Mondial, à Paris, avec une offre très large et une volonté évidente de conquérir le marché européen. Les visiteurs ont pu découvrir des véhicules souvent proposés à des tarifs inférieurs aux modèles européens, avec des niveaux d’équipement élevés et une qualité perçue qui surprend. Les intérieurs  sont soignés, les matériaux valorisants et les véhicules technologiquement très aboutis.

Les constructeurs européens semblent miser fortement sur la nostalgie : retour de modèles emblématiques, renaissance de véhicules historiques et communication largement axée sur le patrimoine automobile. Renault avec la R5, Citroën avec la future 2CV électrique ou encore les déclinaisons sportives de modèles connus illustrent cette tendance.

Malgré la place majeure du pneumatique dans l’automobile, les manufacturiers étaient quasiment absents du salon. Michelin n’avait pas de stand, même si la marque était très présente sur les véhicules exposés. Dunlop faisait figure d’exception, devenant le seul manufacturier officiellement présent mais avec des véhicules.

Dans le détail :

La progression fulgurante des constructeurs chinois

Le principal sujet de la plupart des conférences, notamment le prestigieux Summit de la PFA, a été la montée en puissance des marques chinoises.

En deux ans à peine, leur part de marché en Europe est passée d’environ 2 à 3 % à plus de 10 %, certains intervenants évoquant même déjà près de 14 % dans certains segments.

Cette progression repose sur plusieurs atouts :

Lors d’une prise de parole, le président du constructeur chinois Xpeng a affiché ses ambitions sans détour : développement de véhicules pilotés par l’IA, robotaxis, voitures volantes et robots humanoïdes pour produire dans les usines – notamment européennes. L’entreprise envisage de produire certains véhicules en Europe effectivement et d’y développer ses activités de recherche.

Une industrie européenne qui perd du terrain

Depuis 2019, l’Europe aurait perdu environ trois millions de véhicules de production annuelle. En France, la filière aurait déjà perdu près de 50 000 emplois en cinq ans et les projections évoquent de nouvelles suppressions si aucune mesure correctrice n’est prise.

De nombreux dirigeants en France partagent le même constat, qu’ils soient constructeurs ou équipementiers :

La bataille autour du « Made in Europe »

S’il existe un sujet sur lequel tout le monde s’accorde, c’est la nécessité de renforcer la souveraineté industrielle européenne.

En revanche, les acteurs divergent sur les moyens.

Les constructeurs réclament davantage de souplesse réglementaire, notamment sur les objectifs de CO₂, ainsi que des mécanismes favorisant les véhicules produits en Europe.

Les équipementiers défendent une approche plus offensive : quotas de contenu local, exigences renforcées sur les composants européens et protection accrue de la chaîne de valeur.

Cette divergence est loin d’être anodine. Derrière le slogan « Made in Europe », une question fondamentale se pose : veut-on simplement assembler les véhicules en Europe ou produire également les composants, les batteries, l’électronique et les technologies clés sur notre continent ?

Pour les salariés de l’industrie, la réponse est essentielle. Une voiture assemblée en Europe avec des composants importés ne génère pas le même niveau d’emplois qu’une filière intégrée.

L’électrique : objectif maintenu, mais de plus en plus contesté

L’autre grand sujet du sommet concerne l’interdiction programmée de la vente de véhicules thermiques neufs en 2035.

Officiellement, personne ne remet en cause la transition vers l’électrique. Dans les faits, de nombreux dirigeants demandent désormais davantage de flexibilité.

Plusieurs scénarios sont évoqués :

La raison est simple : beaucoup d’acteurs estiment que les constructeurs européens ne disposent pas encore d’une offre suffisamment compétitive face aux modèles chinois, en particulier sur les segments les plus abordables.

L’intelligence artificielle change déjà l’industrie automobile

Parmi les sujets les plus marquants, l’accélération liée à l’intelligence artificielle a été largement mise en avant.

Valeo explique désormais générer une part importante de son code grâce à l’IA. Certaines technologies qui nécessitaient plusieurs années de développement peuvent aujourd’hui être conçues en quelques mois.

L’IA intervient désormais à tous les niveaux :

Cette révolution pourrait permettre aux industriels européens de gagner en compétitivité, mais elle pose également de nouvelles questions sur l’organisation du travail et l’évolution des compétences.

Quels enjeux pour Michelin et ses salariés ?

Même si le pneumatique a été relativement discret lors du Mondial de l’Auto, les débats concernent directement Michelin.

La transition vers l’électrique, la montée des constructeurs chinois, les discussions sur le contenu local et la souveraineté industrielle auront nécessairement des conséquences sur les volumes produits, les choix d’investissement et l’évolution des emplois en Europe.

Un point mérite toutefois d’être souligné : vos élus ont constaté que Michelin reste très présent sur les véhicules exposés.

Au-delà de l’industrie automobile, ce qui ressort de ce Mondial est une interrogation de fond : l’Europe veut-elle encore être une grande puissance industrielle ? Pour la CFE-CGC, cette question ne peut être réduite à une opposition entre transition écologique et industrie. Encore moins entre constructeurs et équipementiers.

L’enjeu est de construire une transformation qui préserve les compétences, l’emploi et la capacité d’innovation de nos entreprises. Car derrière les débats sur les normes, les batteries ou les parts de marché, ce sont avant tout des dizaines de milliers d’emplois industriels européens qui sont en jeu.

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