En décembre, l’un de nos élus a dénoncé devant le CSE de Clermont-Ferrand les dérives de la ligne Ethique Michelin dont il est victime. Sa déclaration est très claire et honnête, aussi nous avons eu envie de la partager avec vous, sans filtre. Prenez le temps de lire, c’est édifiant et un peu effrayant. Nous le redisons ici, la ligne éthique permet de faire cesser des comportements qui ne sont pas acceptables, en cela elle est nécessaire mais il faut corriger certains problèmes graves, bien identifiés.
« Bonjour à toutes et tous,
J’ai demandé à prendre la parole ce matin de manière inhabituelle.
Vous aurez remarqué que je ne la prends que très rarement, j’ai des collègues au sein de la section qui ont plus de talent que moi pour exprimer ce que nous pensons collégialement.
Je vais encore plus vous surprendre quand c’est pour vous dire que c’est pour parler de moi ou plus précisément ce que je vis au sein de l’entreprise depuis maintenant le 11 décembre dernier.
Avant de commencer mon récit je mesure ma double chance : Chance d’être élu et de pouvoir prendre la parole auprès de vous chers membres élus et Chance d’appartenir à un collectif syndical qui me soutient dans la démarche de ce matin.
Les faits que je vais vous relater se positionnent dans une pièce en trois actes :
Acte 1 : Nous sommes au mois de Juillet 2021 un lundi matin, nous sommes convoqués par notre N+2 dans une salle pour nous annoncer que notre N+1 avait été licencié avec effet immédiat pour faute grave. Nous comprenons que ce sont des démarches auprès de la toute nouvelle ligne éthique qui avaient amené l’entreprise suite à réunion du comité du même nom à prendre cette décision. Les faits sont graves, je comprends qu’il ne faut pas poser de questions. De mon côté je n’ai jamais été interrogé, je n’ai jamais rien eu à reprocher à ce N+1 ni assisté à des situations qui auraient pour moi justifié un devoir d’alerte. Nous sommes 5 personnes rattachées directement à ce N+1.
Acte 2 : 11 décembre 2024, je reçois un message de mon hiérarchique actuel, que je dois absolument me libérer à 11h30 pour un entretien avec lui et un membre du Service du Personnel. Le Service du Personnel m’annonce que l’entreprise avait reçu l’injonction de communiquer mes coordonnées personnelles à la Police Judiciaire de Clermont Ferrand et que j’allais être convoqué par la PJ pour être entendu dans le cadre d’une plainte déposée par mon N+1 licencié 3 ans plus tôt. On m’explique que je ne suis pas le seul, il y a ceux qui sont convoqués suite à leurs écrits effectués en 2021 et ceux comme moi qui seront entendus à la demande du plaignant. La première catégorie sera accompagnée par un avocat de l’entreprise, pas moi car je n’ai rien déposé. Par contre je suis briefé de la manière suivante en deux points :
1/Mon ex N+1 a vraiment fait des choses graves (on me recite l’enquête effectuée en 2021) et il en veut toujours plus
2/ Je suis convié le 07 janvier 2025 à rencontrer un avocat de l’entreprise pendant une heure, l’interlocuteur du service du personnel assisterait à cet entretien.
Je ne me rendrai pas à cette convocation pour être briefé sur les faits ou la position de l’entreprise ou qu’elle qu’en soit la cause, ne souhaitant pas que cette réunion puisse être perçue comme une subrogation de témoin.
Acte 3 : je suis ici devant vous et, outre le fait que je ne vais pas bien du tout depuis une semaine, je ressens une très grosse colère car je ne suis aucunement concerné par ce qui est arrivé il y a maintenant 3 ans et demi. Je suis convoqué en qualité de témoin, je n’ai jamais constaté de comportements contraires à l’éthique de mon N+1, ce qui ne veut pas dire qu’ils n’existent pas mais je n’en ai simplement pas été témoin, pour le reste l’enquête le déterminera.
Nous devons décider d’un Plan d’Actions et exiger de l’entreprise pour que cette affaire soit suivie au sein du CSE et que tous les enseignements soient portés à sa connaissance. Le motif de ma requête est justifié par le stress et l’inquiétude de l’ensemble des salariés qui vont être concernés par leur convocation dans les locaux de la Police Judiciaire de Clermont Ferrand.
Je terminerai en remerciant pour leur accompagnement tous mes collègues de la section CFE-CGC et aussi la Médecine du Travail qui est entrée en contact avec moi dès les premiers signes d’alerte.
Je vous remercie pour votre écoute et vous souhaite une très bonne journée. »
Bruno Joubrel
un jour quelqu’un m’a dit : « les représentants syndicaux sont aussi là pour protéger l’entreprise contre ses propres erreurs ».
ca n’a jamais sonné si vrai.
Tout à fait, cher lecteur, nous essayons d’alerter l’entreprise et de lui proposer des voies d’amélioration. Ce n’est pas toujours facile.
Je connais « l’affaire » mais je ne savais pas du tout que tu étais implique indirectement . Bon courage Bruno ! Toutes mes pensées
Merci beaucoup pour ce partage d’information. Le récit reste édifiant, concternant concernant la position l’entreprise dans cette affaire.J’espéré qu’il s’agit des faits d’une personne et non pas d’une politique de l’entreprise de vouloir jouer à influencer un témoignage. Bon courage à Bruno pour traverser cette histoire. Ce n’est pas sans laisser de traces émotionnelles.
Merci pour lui.
bon courage Bruno, courage dont tu fais déjà preuve à témoigner publiquement.
Merci pour Bruno !
Témoignage glaçant de dérives de la ligne éthique qui peuvent mettre des salariés dans la difficultés, même si il ne faut pas rejeter en bloc cette procédure elle mériterait d’être plus transparente et peut être avec une implication plus importante des syndicats
C’est tout à fait notre position, c’est une procédure utile et hélas nécessaire mais elle pourrait être optimisée et les organisations syndicales sont prêtes.