La France, boulet du Groupe Michelin ?

A retenir :
– Des frais de personnel France (MFPM) inférieurs en % du CA à ceux du Groupe
– Les comptes de la France plombés par les multiples restructurations
– Les aides publiques diluées dans la politique actionnariale


Lors de son allocution devant le Sénat, Florent Menegaux a stigmatisé le manque de compétitivité de la France (coût de l’énergie & coûts salariaux), le poids des règlementations et de la fiscalité. Il a également affirmé que les activités de production en France perdaient de l’argent. Ce discours a ensuite été largement repris par les managers pour justifier la diète salariale et la sempiternelle chasse aux frais généraux (dont la majeure partie sont des coûts salariaux).

Pourtant, l’examen des faits nuance quelque peu le propos.

Des frais de personnel France (MFPM) inférieurs en % du CA à ceux du Groupe

Malgré le coût élevé du travail en France, les frais de personnel de la France (MFPM) restent inférieurs en pourcentage du chiffre d’affaires (CA) à ceux du Groupe : 25% contre 26,1% en 2023. En effet, il faut croiser les coûts salariaux avec la productivité et le mix activité du pays. Manifestement, les salariés français sont productifs et sur des activités génératrices de chiffre d’affaires.   

Les comptes de la France plombés par les multiples restructurations

Pour savoir si une société génère un bénéfice ou une perte, il faut faire la somme de quatre composantes (le résultat d’exploitation, le résultat financier, le résultat exceptionnel et les impôts) pour obtenir le résultat net.
Or si le résultat net de la France est déficitaire ou faiblement bénéficiaire, c’est essentiellement à cause des restructurations qui se sont enchaînées depuis 10 ans. C’est flagrant à la lecture des comptes : les résultats exceptionnels, qui intègrent les frais de restructuration, ressortent chaque année largement en rouge et plombent le résultat net. Il en sera probablement de même en 2024 avec les provisions passées pour les fermetures de Cholet et Vannes.

Nos dirigeants se comportent ainsi comme les médecins du XVIIIème siècle qui saignent très régulièrement le malade (= la France) et font ensuite mine de s’étonner que ses résultats se dégradent. Si on isole ces frais de restructuration, le tableau est nettement moins sombre. Quant aux activités de production, le résultat d’exploitation apparaît positif depuis des années (sauf en 2020, année Covid). Et pas négatif.

Les aides publiques diluées dans la politique actionnariale

Florent Menegaux s’est félicité du montant du crédit impôt recherche (40 M€) et a laissé entendre que si ce crédit disparaissait, cela l’amènerait à délocaliser les activités de recherche, arguant que 75% des actionnaires de Michelin sont étrangers et ne comprendraient donc pas que la recherche reste sur un territoire aux coûts salariaux élevés.

A propos de l’actionnariat, le Groupe a racheté 500 M€ d’actions en 2024, sans que cela n’ait soutenu le cours de Bourse. Les rachats d’action étant imposés à 8%, le Groupe va acquitter un montant d’impôt de 40 M€, soit l’équivalent du crédit d’impôt recherche. Le montant que l’entreprise a perçu d’un côté en aide publique pour le CIR est redonné de l’autre côté par l’impôt à cause de sa prodigalité dans les rachats d’action … Où est la logique ? On aurait aimé entendre Florent Menegaux sur ce paradoxe.

Dominique BOURGOIS
Délégué syndical

Une réponse à “La France, boulet du Groupe Michelin ?”

  1. François de Ouarzazate dit :

    Sait-on par quelle entité sont supportés les salaires/rémunérations des membres du comité exécutif ? MFPM seule ? la Compagnie financière basée en Suisse ? autre ? avec participation de toutes les filiales au prorata de leur CA ou résultat ? la ratio serait masse salariale/CA ne serait-il pas encore optimisé pour la MFPM, à moins que la proratisation ne soit déjà en vigueur… Une prochaine action de réduction des coûts pourrait être également de délocaliser le comité exécutif en Roumanie par exemple, avec bien sûr la priorité de conserver un salaire décent à ses membres. Les moyens de communication actuels permettent d’accomplir un maximum de tâches dans de telles situations.

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